08/04/2008

ETHIQUE ET ENJEUX POLITIQUES

 

On entend beaucoup parler d’éthique ces temps-ci et lorsqu’on assiste à la dégringolade du vocabulaire politique dans le cadre de la campagne pour le Procureur général, on se dit qu’il est peut-être temps de remettre le minaret au milieu du bled.

 

 

Il convient de rappeler en préalable que plus un système politique est évolué, plus l’éthique s’impose comme seul et unique guide de gouvernance. C’est le parallèle nécessaire de ce que l’on exige, à juste titre, dans la conduite des entreprises privées.

 

 

Dans ce dernier secteur on voit bien que la crise des « sub-primes » a pu naître à cause d’une absence totale d’éthique et une avidité sans scrupule des acteurs boursiers. Il en va de même lorsque les politiciens et ceux qui briguent le suffrage universel, font passer la victoire avant les principes éthiques qui peuvent les y conduire.

 

 

L'éthique c'est la conformité de l'action et du comportement avec des règles qui s'imposent à nous de l'intérieur, de notre nature propre.

 

 

Il s’en suit que l’éthique se construit au point où se rencontrent le respect que l’on se doit à soi même, à ses désirs, à ses ambitions, et le respect que l’on doit à autrui.

 

 

Dans le cas qui nous occupe, la campagne électorale pour l’élection du Procureur général, l’éthique c’est la mise en adéquation de l’action politique (la campagne) avec la fonction qu’elle met en jeu (3e personnage de la République ). Il est évident que le respect dû par les candidats l’un envers l’autre est la clé qui permet de déterminer lequel des candidats est le plus à même de répondre aux exigences de la très importante place que tient ce personnage dans les Institutions.

 

 

La confiance que doit avoir le Souverain en cet élu si particulier, vu les pouvoirs qu’il détient, repose toute entière sur le respect que manifestent ceux qui briguent la fonction non seulement à l’égard des Institutions mais aussi et surtout à l’égard du contrat social qui lie le titulaire de la fonction aux justiciables.

 

 

Ainsi posés les paramètres essentiels on se rend immédiatement compte que tout écart fait à l’éthique constitue, en soi, une mise en alerte quant aux capacités réelles de chacun à tenir la fonction avec la dignité qu’elle comporte mais aussi avec l’impartialité qu’elle contient.

 

 

De ce qui nous avons tous pu constater depuis le début de cette campagne, il semble que le challenger ait quelque peu perdu de vue ces principes fondamentaux en attaquant son adversaire non point sur un bilan, ce qui serait de bonne guerre mais en prétendant qu’il a ordonné une issue judiciaire par intérêt électoral alors que lui-même a eu à connaître du volet administratif du même dossier et qu’il n’est pas prouvé que l’issue à laquelle il est parvenu en sa qualité de « juge instructeur » ne soit pas, lui aussi de nature hautement politique

 

 

L’éthique commandait qu’un dossier qui est encore pendant devant la plus haute juridiction du pays, ne soit pas évoqué.

 

 

Ensuite nous avons eu droit à l’entartage du Procureur général lors d’un débat contradictoire et public. La scène, en soi banale dans le monde de déliquescence du respect, a servi, sur le plan des deux candidats, l’effet d’un révélateur.

 

 

La passivité du challenger face à l’agression subie par son adversaire m’a énormément déçu. En effet j’ai de la considération pour cet homme qui a, personne n’en doute, des convictions. Outre le fait que le minimum d’éducation lui imposait de s’enquérir de l’état de santé du procureur, il lui appartenait de dénoncer immédiatement cet acte aussi ridicule que vain.

 

 

En restant passif, le challenger nous a clairement montré qu’au fond, ses convictions politique ’emportent sur les règles de l’éthique, nous indiquant du même coup les limites de son impartialité.

 

 

On peut remercier le challenger de nous avoir renseignés, dans la spontanéité, de cette limite car elle nous renseigne de façon utile sur sa capacité, ou incapacité, de montrer de la compassion y compris à l’égard de son adversaire du moment.

 

 

Or que demande-t-on à un tel magistrat si ce n’est, au-delà du poids de la fonction, de savoir faire preuve de compassion, elle aussi composante essentielle de l’éthique.

 

 

A l’inverse, par son calme et son humour, le procureur général a su nous montrer son sens de la relativisation et donc de la distance entre l’apparence des choses et leur importance réelle.

 

 

Dans ce match-là, il a gagné par K.O.

 

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01/04/2008

Nous sommes tous Tibétains

NOUS SOMMES TOUS TIBETAINS

 

 

La flambée de violence au Tibet est non seulement grave mais elle interpelle la conscience collective du monde quant au respect de la culture des minorités qui prônent la non-violence. Cette répression s'inscrit à la suite de celle subie par les birmans. Cette action sanguinaire, méprisant les droits élémentaires des personnes, est conduite sous la houlette de la plus cruelle des dictatures communistes que le monde ait connu.

Elle nous interpelle d'avantage car elle entre en collision avec nos agendas "loisirs & voyages" des jeux olympiques organisés de façon coupable, à Pékin.

 

 

Certains commentateurs vont jusqu’à dire qu'il ne faut pas comparer les jeux de 36 et ceux ce Pékin. Pourquoi cet interdit? Parce que la Chine est trop importante? Parce que la Suisse a trop d'intérêt économiques en Chine? Quel que soit celui des motifs ci-dessus, il est certain qu'en laissant passer comme si de rien n'était, nous sommes complices d'un réel génocide culturel. Il ne sert à rein d'aller parcourir la planète, pétris de bonnes intentions, de se proclamer champion des droits de l'Homme en revendiquant le siège à Genève si c'est pour aller de pantalonnade en pantalonnade. Tout cela ne sert à rien si, en champion du compromis, on est aussi bien capable de fermer les yeux sur ce qui se passe dans les geôles iraniennes et de tourner les yeux de sa conscience pour rester proche de l'empire du milieu, même s'il n'est pas juste!

 

 

En 1999 j’ai eu le très grand privilège de piloter, en compagnie des représentants des principales toutes les communautés religieuses actives à Genève et sous le Haut patronage de S.A. Sadruddin Aga Khan, le comité de bienvenue de SS le Dalaï Lama à l'occasion des Fêtes de Genève. De son côté Mme Dreyfus, dans son rôle très délicat de présidente de la Confédération a d'ailleurs courageusement prouvé, quelques semaines plus tard, que l'on pouvait fort bien soutenir la liberté d'expression des tibétains et les relations diplomatico-économiques avec la grande muraille. Pour cela il faut de la hauteur de vue, ce qui semble faire défaut actuellement. Cette expérience nous a permis, à tous, de côtoyer SS le Dalaï Lama qui, grâce à un pragmatisme et une lucidité à toute épreuve, sait rester au-dessus des contingences matérielles. Contrairement à l’image que veulent propager les autorités chinoises, il n’est pas une source d’agitation mais une solution. Cet obscurantisme prouve la mauvaise foi des chinois dans ce dossier.

Comme toute puissance hégémonique, la Chine politique est incapable de comprendre que personne, y compris les tibétains, ne remet en cause la territorialité chinoise du Tibet mais uniquement son droit à penser autrement.

 

 

Sur le plan extérieur et notamment suisse, ceux qui ferment les yeux aujourd’hui les yeux feraient bien de se souvenir de ceux qui, en 1933, ont aussi cru que le régime nazi ne représentait pas de danger. Il en découle que tous ceux qui comme des  Milou se rendront, tels des petits chiens assoiffés de tintins, à la cérémonie inaugurale déshonoreront les démocraties qu'ils prétendent représenter.

 

 

Le Grand Conseil genevois ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il a pris deux résolutions (R270 de 1994 & R333 de 1997)visant à la sauvegarde de la culture tibétaine. Ces  courageuses décisions honorent tous ceux qui y ont participé et rappellent à ceux qui s’y sont opposés qu’ils avaient tort.

 

 

La meilleure réponse à l’arrogance chinoise serait que chaque chef d’Etat représentant une démocratie arbore, sur son habit, les couleurs tibétaines. Ce faisant, ils seront aussi courageux que ceux qui, sous le nazisme, ont osé porter l'infâme étoile jaune, alors qu'ils n'étaient pas juifs, afin de démontrer qu'on est toujours "juif" lorsque la dignité humaine est en jeu.

 

 

Merci enfin aux tibétains de nous rappeler, par leur malheur, de l’honorabilité n'est jamais une affaire d'argent mais de respect et d'éthique.

15:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | | |