30/12/2011

RETROSPECTIVE 2011 ET PERSPECTIVE 2012

L’année 2011, du point de vue de la Constituante, aura surtout permis de mettre au grand jour les contradictions fondamentales qui agitent celles et ceux qui, au prétexte de garder les acquis de la constitution actuelle se sont opposés à toutes les améliorations proposées par les groupes qui, de gauche comme de droite, veulent un renouveau de notre "contrat social".


La reformulation de certains principes (une égalité généralisée et décomplexée non pas étroite et purement militante, l’interdiction du nucléaire pour ce qu’il est non pas comme base avancée de la décroissance ou encore une reformulation de l’interdiction de la chasse qui ne créé pas plus de problèmes qu’elle n’en résout), de manière telle qu’ils pourront passer le temps et les générations ne satisfait forcément pas les cacochymes pour lesquels, désormais, seule une opposition généralisée et systématique représente un moyen d’exister.

Cette lutte d’arrière garde pénalise et pénalisera autant la lisibilité que la modernité du texte s’il reste en l’état, avec le risque que le Souverain le rejette car trop compliqué. De plus sa longueur extrême affaibli sa valeur de référence et l’abaisse au rang d’une sorte de loi programmatique. C’est à croire que pour certains, plus on en dit mieux on le dit, alors qu’en réalité les meilleures constitutions sont celles qui s’en tiennent aux principes et posent des cadres suffisamment bien conçus pour les lois d’applications ne puissent y déroger.

La constitution américaine date de 1789, toujours en vigueur,  est non seulement toujours moderne mais encore toujours en mouvement grâce à la jurisprudence de la Cour Suprême. C’est tout l’intérêt du contrôle de constitutionnalité des lois auquel certains préfèrent un carcan néo-marxiste bien rigide.

Le projet issu de la première lecture est, de ce point de vue, plutôt médiocre. A la décharge des constituants chargés de rendre les thèses votées plus digestes, la nature même de leur mandat et certainement aussi la composition de ce groupe, les mettaient face à un remake de « mission impossible, le retour ». A cela s’ajoute des esprits figés par les fronts qu’ils représentent.

Il ne pouvait donc y avoir, au final, rien d’étonnant.  Le mélange est par ailleurs si peu détonnant que ce n’est pas de là que va jaillir l’énergie nécessaire pour rendre le projet acceptable par le Souverain.

Quel chemin suivre ?

En premier lieu s’extraire des blocs stériles et former, au centre, une coalition de fait qui rassemble celles et ceux qui ont une vision dynamique du futur de Genève.

Sur le flanc droit cela implique une approche plus moderne des mécanismes socio-économiques, plus d’acceptation du changement de paradigme sociétal permettant une meilleure répartition des richesses. Sur le flanc gauche, cesser de penser qu’en déshabillant Jean on habillera Pierre alors que tout au contraire il faut permettre à Pierre de se porter aussi bien que Jean et que le meilleur moyen d’y parvenir reste une économie forte pouvant s’appuyer sur des mécanismes sociaux incitatifs (et non pas permissifs) ainsi qu’un Etat solide garant de la justice sociale. Cette faction doit en outre sortir de l’illusion selon laquelle le pouvoir mis dans la rue donnera plus de bon sens à la gouvernance. A ce titre il est indispensable de veiller à ce que les outils de démocratie directe ne constituent pas une atteinte toute aussi directe à la démocratie. Ce n’est pas en abaissant les seuils que l’on améliore la démocratie mais en sachant convaincre le Peuple de la pertinence des idées défendues.  Ainsi donc il est juste de mettre en place des pourcentages pour les récoltes de signatures et de veiller à éviter une israélisation du parlement qui conduit inévitablement à des majorités à ce point instables qu’elles renforcent la politique des combines et des petits arrangement entre.... ennemis, pour mieux garder le pouvoir!

Si une majorité parvient à se construire autour de ces axes, ne resteront opposés au changement  que les indécrottables passéistes, flancs gardés par la cohorte de ceux qui font de la politique pour la sauvegarde de privilèges au détriment de l’intérêt général. Sans oublier celles et ceux qui, bien présents à Genève, râlent par principe mais qui n’auront même pas lu un seul article du projet !

Une fois ces deux négationnismes isolés, le projet de Constitution a de bonnes chances de réussite.

Reste un autre enjeu de taille, comment rendre le projet attractif notamment auprès de la presse qui est totalement démobilisée. On ne peut la blâmer puisqu’aucune vision constructive n’émerge des travaux de la Constituante. Cet enjeu-là ne sera relevé qu’à l’expresse condition de parvenir à faire entendre la pertinence du changement proposé grâce aux novations et aux modernisations de la constitution actuelle qui, à la base, était d’une étonnante modernité et que seuls des abus machiavéliques ont réussi à altérer.

Espérons qu’en cette année du tricentenaire de la naissance de Rousseau, il appartient aux constituants de jeter les bases d'un contrat social rénové et pas seulement bricolé pour que les Genevois puissent se rassembler dans un bel hommage au "citoyen de Genève" et approuver un contrat social digne de sa pensée qui fait rayonner le nom de notre petite République dans le monde.

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Commentaires

Dommage que vous ne veniez pas plus souvent sur les blogs!

Merci pour cette analyse qui résume bien la situation. En gros si nous n'avions pas Mouhana-Grobet et consorts associés à leurs fidèles alliés de délire Ducommun-Martenot-Dardel-de Haller on ne serait pas trop mal! Mais vous semblez oublier l'équipe des bras cassés de l'UDC qui n'est pas mal non plus dans le genre l'EMS en croisière.

Merci et revenez plus souvent.

Écrit par : Pierre Simon | 30/12/2011

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