18/06/2013

PAX HELVETICA OU LEX AMERICANA

Le Conseil national a cette immense différence de représenter les citoyens alors que le Conseil des Etats représente des structures étatiques, les Cantons.


 

Si cette différence est habituellement peu présente lorsqu'il s'agit de questions de politique générale, elle a été fortement marquée dans le cas d'espèce pour une grande raison, les intérêts directs des plus gros cantons, du moins ceux qui savent le mieux réseauter.

 

Ces cantons ont réussi à retourner les plus faibles des conseillers aux Etats, les plus malléables, les plus sensibles à un argumentaire qui met en avant l'intérêt étatique contre l'intérêt de sauvegarde de la sphère privée.

 

Dans ce groupe figurent celles et ceux qui, habituellement, tirent volontiers, et à boulets rouges, contre le banditisme bancaire orchestré depuis les rives de la Limmat.

 

Quelle est la magie qui a si subtilement retourné ces "sénateurs pères tranquilles"? La peur parbleu!

 

Notamment pour ceux qui, bien que plutôt anti capitalistes, se sont jetés dans les fauteuils disponibles de telleou telle banque cantonale. Ceux-là même qui clament, urbi et orbi, vouloir à tout prix éviter que des structures publiques se trouvent prises dans la tourmente de pratiques douteuses alors qu'elles ou ils ont toujours milité pour la probité des banques d'Etat. Ils nous ont, par leur approbation de cette loi inique, démontré l'inanité de leur discours le plus récurant.

 

Tout au contraire, le Conseil national représente les citoyens et ces derniers ne sauraient être les otages de telle ou telle politique financière, le plus souvent conduite en cachette et contre l'intérêt général en faveur d'intérêts très privés.

 

Il en découle un curieux croisement des intérêts publics et privés dans cette affaire.

 

Les défenseurs habituels des collectivités défendent l'intérêt privé, car le leur s'y trouve mêlé par le biais de mandats personnels alors que les défenseurs habituels des intérêts privés défendent celui, supérieur, de la collectivité suisse à rester souveraine sur son territoire en affirmant la prépondérance de son droit national.

 

La conséquence très logique de cette différence majeure s'est exprimée ce matin par le refus d'entrer en matière sur cette loi, très improprement appelée Lex americana.

 

Il s'agit en fait d'une Pax helvetica, négociée par de piètres épiciers délégués à cette tâche par l'Exécutif fédéral.

 

Pourquoi Pax helvetica? Tout simplement parce que ce ne sont pas les américains qui sont demandeurs dans cette affaire, mais les banques suisses fautives qui ont réussi la prouesse d'engager comme porteur d'eau le conseil fédéral lui-même. Peu qualifiée à cette tâche ardue et snas pitié, la conseillère fédérale s'est noyée toute seule dans le sceau qu'elle portait. Un comble n'est-ce pas?

 

Voilà surtout  qui en dit long sur la puissance phénoménale de ce lobby sous la coupole!

 

Comme l'émissaire était d'une faiblesse indigne d'un Etat, notre contrepartie a pu en jouer aussi facilement qu'un vieux matou avec une souris née la veille. Cela a non seulement conduit le chat à la réserve de fromage mais, en prime, lui a offert le moyen de démanteler le réseau d'approvisionne- ment.

 

Tout ce que la grande Amérique n'a jamais pu faire avec la piste Hô-Chi-Mîn en trente ans de guerre intense. La différence étant que son adversaire avait décidé de ne jamais se laisser battre. Tout au contraire dans le cas qui agite la finance en berne, c'est l'avidité individualiste de ceux qui ont violé les règles, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, peu importe.

 

La Suisse s'est ainsi retrouvée dans la même situation que Pétain, obligée de monter dans un wagon dont la destination ne peut être que la capitulation.

 

Triste, lamentable tout ce que vous voudrez, il n'en demeure pas moins que lorsque David veut affronter Goliath, il a intérêt à s'assurer qu'il a le bon caillou et que la fronde est aux mains de quelqu'un qui sait viser où ça fait mal. A défaut il est en péril.

 

Il va donc désormais s’armer pour conduire un combat qui va s’avérer long, difficile et d’une rare violence, pour ne pas dire d’une violence inaccoutumée entre « pays amis » !

 

Comme dit l’adage les bons comptes font les bons amis mais lorsque vient le moment de faire les comptes, il n’y a plus d’amis !

Dans ce combat, devenu planétaire, de la sauvegarde de la sphère privée, la Suisse officielle ne doit surtout pas oublier le proverbe africain "Le lion malade reçoit aussi des coups de pieds de l'âne" et, à lâcher aussi facilement face à l'oncle Sam, elle s'offre des jours très difficiles avec ses voisins directs de façon bien inutile.

 

 

 

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Commentaires

Vous êtes plus courageux dans votre prise de position que le pleutre Hodgers qui a fermé les commentaires sur son blog! Et dire que le gaillard veut nous faire croire qu'il est capable de gouverner Genève.

Il a bien trop de lait derrière les oreilles le jeunot. Il est surtout bien trop sûr de lui et son arrogance est de bien mauvais augure.

Il me semble aussi taillé pour l'exercice que sa colistière, épargnons-nous donc le voyage aux enfers et renvoyons-les tous les deux à leurs théories aussi fumantes que fumeuses.... de moquette!

Pour le reste vous avez raison. Merci pour les rappels proverbiaux, toujours pleins de pertinence. Celle qui a fait défaut à Recordon, Cramer & Co

Écrit par : Georges Martins | 18/06/2013

Remplacez "défense de la sphère privée" par "protection des truands qui volent le fisc" et nous pourrons commencer à causer du reste.

Écrit par : Arsène Des Bois | 18/06/2013

Hodgers, ...Hodgers, n'est-ce pas celui qui en compagnie de Sommaruga, entre autre, s'est mis en tête d'aller en Tunisie, juste après la chute de Ben Ali, :" pour sauver la démocratie " avait-il déclaré !!!

Y est- il retourné depuis??? Maintenant que la démocratie est plus qu'en péril!

Suis-je bête,il a autre chose à faire maintenant...il a le CE de GE en ligne de mire...Rien que ça.

Que le ciel nous préserve de tout malheur supplémentaire...

Écrit par : Exprof | 18/06/2013

L'avenir nous dira quelle est la solidité de cette alliance de circonstance entre PLR, UDC et PS notamment, chacun ayant dit non à la lex americana pour des motifs bien distincts:
- le PS pour protéger les employés tout en visant, à court terme, la transmission automatique des informations.
- l'UDC pour défendre la souveraineté nationale et éviter d'attirer d'autre vautours au banquet.
- le PLR plus par lâcheté qu'autre chose, convaincu que le Conseil fédéral fera le sale boulot tout seul, comme il l'a déjà fait par le passé en autorisant des banques à transmettre les noms de clients et de collaborateurs au nom d'un état de nécessité qui a tous les relents de la raison d'Etat.

Écrit par : mauro poggia | 19/06/2013

Antonio Hodgers a un blog.
Il ne veut pas permettre d'éditer les commentaires sous prétexte qu'il n'a pas le temps, réponse reçue de sa part sur Facebook.

(Je garde son message précieusement pour les élections).

Je mets ma tête à couper qu'à l'approche des élections il se fera une joie d'ouvrir les commentaires de son blog.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 20/06/2013

Les commentaires sont fermés.