21/06/2013

ALEA FACTA EST

 

A peine les dés étaient-ils jetés contre cette stupide idée du conseil fédéral d’inviter nos parlementaires à violer notre droit intérieur, démocratiquement approuvé et voté, que le voilà qui remet le couvert avec l’accord FACTA. Celui-ci met en scène les mêmes protagonistes et constitue une nouvelle allégeance de la tribu des Helvètes à la Rome moderne. Contrairement aux Allobroges qui ont osé tenter d’affronter César, les chefs actuels de la tribu se couchent sans combattre.


 

Qu’est-ce que FACTA, en termes extrêmement succincts, si ce n’est la violation équivalente de celle rejetée hier mais pour demain ?

Pourquoi cette fois-ci risque-t-elle de passer, si ce n’est que le camp du non d’hier se trouve fractionné par la défection de parlementaires qui semblent avoir le cerveau, gauche ou droit suivant leur position sur l’échiquier, lobotomisé.

FACTA  constitue une concession unilatérale de la Suisse envers ce qui, manifestement, est devenu sa puissance tutélaire, les Etats-Unis d’Amérique.

En quoi consiste la concession et pourquoi est-elle unilatérale alors que, de toute évidence, entre « amis » rien ne saurait être autrement que mutuel ?

La concession est que, désormais, si le conseil national se montre aussi peu regardant que les Etats qui ne le sont décidément jamais dans cette passe d’armes, la Suisse enverra systématiquement et nommément les avoirs de ressortissants américains, où qu’ils soient établis dans le monde et plus particulièrement en Suisse. En termes simples, la Suisse deviendrait l’agent fiscal de l’Impérium yankee, sans contre partie.

Quelle pourrait-être la contre partie ?

Tout simplement que les banques américaines, où qu’elles soient situées sur le vaste territoire de l’oncle Sam, des rudes côtes du Nord Est à celle, lointaines du Nord-Ouest, sans oublier au passage le Delaware de Coca-Cola, IBM & Co, La Floride de Jeb Bush, le Texas de son « illustre frère » ou encore le très fumeux Nevada, livrent automatiquement les noms et les avoirs de citoyens suisses qui sont paisiblement installés sur le territoire de Mère Helvétie.

Cette réciprocité doit être imposée aux américains et j’invite très sérieusement tous les parlementaires genevois aux chambres fédérales à imposer cette condition pour entériner l’accord FACTA.

Cette norme est simple, sur le papier et dans la théorie des effets miroirs en matière de traités fiscaux. Malheureusement elle est brouillée par celles et ceux qui, hier, ont pêché par naïveté comme ceux qui sont, aujourd’hui, volontairement aveuglés par le dogme de la Suisse lave plus blanc que blanc mais transfert le linge sale à plus puissants qu’elle, verront rapidement les limites de leur raisonnement.

Certes le monde politique suisse contemporain n’a pas grand-chose à envier en terme de couardise à celui qui naviguait en marteau nazi et la faucille communiste durant les années brunes tant il est prêt à se coucher devant le premier ennemi qui menace les petites (ou grandes) affaires de l’ultra élite financière. Il n’en demeure pas moins que cette fois-ci les enjeux ne sont plus territoriaux ou de simple voisinage, ils sont planétaires.

Oui il est souhaitable que la règle devienne la transparence, non il n’est pas admissible que celle-ci se décrète contre nos règles, contre les garanties qui sont les nôtres en matière de protection de la sphère privée, et surtout au profit de pays qui sont totalement irresponsables tant dans leurs politiques financières que dans leur propension à pressurer leurs citoyens au-delà du raisonnable.

Ainsi donc, celles et ceux qui bénéficient de notre mandat pour siéger à Berne doivent-ils veiller en priorité à ce que rien ne soit concédé sur ce plan sans que non seulement la règle soit générale mais qu’elle soit généralement appliquée.

Ce n’est qu’à cette condition que le savoir-faire suisse en matière d’ingénierie financière fera la différence et que, de ce fait, notre place financière pourra sortir son épingle du jeu.

Penser que si la Suisse fait le premier pas, unilatéralement, le reste suivra est aussi débile que de penser que la ligne Maginot suffisait à contenir l’envahisseur en 1940. Si tel devait être le cas et que FACTA soit approuvé sans combat de fond sur ces principes, il appartiendra aux citoyens de Genève et du pays de se souvenir de celles et ceux qui les auront trahis, sacrifiant notre prospérité sur l’autel du dogme.

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Commentaires

Ce serait tout de même un comble que nous validions le FATCA alors qu'il sera soumis à référendum aux States sous la houlette de Rand Paul, le candidat républicain à la présidentielle 2016.
www.repealfatca.com
Pierre Jenni

Merci de préciser ce point cher Monsieur Jenni. Il passe totalement inaperçu tout simplement parce que les autorités suisses masquent l'information pour éviter une référendum ici.
Ron Paul est le meilleur politicien américain en vie, dommage que les médias de l'extérieur néglige de donner de l'écho à cette voix différente de l’Amérique.
cordialement P. Dimier

Écrit par : Pierre Jenni | 21/06/2013

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