10/02/2014

EN DEMOCRATIE, COMMENT FONCTIONNE LA PILULE DU LENDEMAIN?

 

Au lendemain d’une votation qui mélangeait des sujets aussi divers que, l’immigration massive, le remboursement de l’avortement par la solidarité et le financement du fond ferroviaire, avec des résultats qui, pour chacun des sujets, connaissaient des fortunes diverses. La question est de savoir si, dans une démocratie aussi évoluée que la nôtre, il existe une pilule du lendemain.


 

Imaginez-vous être europhile et conservateur d’Ecône ne se déplaçant qu’à vélo, aucun des résultats ne vous convient.

Soyez maintenant le cousin du premier citoyen, conservateur ayant déjà refusé l’EEE mais très heureux des évolutions libératrices de la femme et se rendant à Rome en train. Deux sujets au moins vous ravissent.

Vous êtes maintenant le cadet du deuxième ayant fait du scoutisme, incité par la doctrine « powellienne » au respect de la vie d’autrui, au partage des tâches et de l’effort dans un esprit économe et ouvert au monde par les Jamborées, au moins un sujet vous fâche.

Ces trois exemples qui pourraient être variés à l’infini, constituent un échantillonnage de base des citoyens suisses, de base eux-aussi. On constate qu’aucun d’eux n’est pleinement satisfait de ces résultats et pourtant tous sont heureux de vivre dans un pays dans lequel les citoyens ont réellement le dernier mot.

Si, dans ce système, il existe une pilule du lendemain c’est celle-ci : « cette fois-ci vous n’avez pas obtenu satisfaction, ce sera certainement le cas une autre fois ». Il y a une condition toutefois, participer au système tant par votre bulletin de vote que par la récolte de signatures ou encore en lançant des projets.

C’est la première des pilules du lendemain dans une démocratie digne de ce nom.

Ce n’est certainement pas de rouspéter ni, comme certains politiciens revanchards de ligue inférieure qui hier accusaient leurs compagnons d’infortune de tous les maux, en mauvais perdants.

Une démocratie dans laquelle le peuple détient une telle puissance décisionnelle, c’est surtout le remède préventif qu’il faut savoir utiliser.

Dans cette consultation, ce rôle incombait à l’exécutif fédéral qui manifestement pêché. Pour certains par suffisance, posture particulièrement risquée, et pour d’autres l’incompétence qui pose avec cruauté la question du cheminement d’accession à ce pouvoir en Suisse.

La suffisance d’abord. Pour certains le simple fait que celle des consultations, qui est la plus emblématique, provienne de l’UDC, celle-ci ne méritait que dédain.

En politique, le dédain fini toujours par un drame. Soit que le résultat tenu pour certain ne se produit pas, soit que l’effet redouté se produise avec une puissance décuplée.

Le conseil fédéral savait depuis de nombreux mois que ce sujet allait arriver devant le Souverain. Il se devait donc de défendre le pays contre toutes les agressions qu’il subit depuis 18 mois environs, soit plus ou moins la date du dépôt de l’initiative UDC. Un défense acharnée aurait donné confiance au peuple, il aurait fait corps avec ses gouvernants. Au lieu de cela, ce collège (qui a tout juste le niveau primaire), a tout bradé à l’encan. Pire, il s’est laissé imposer une vision par des gens qui se disent nos alliés et qui, en fait, feront tout pour nous détuire.

C’est donc livrées à l’incompétence de nos dirigeants que nos Institutions, se sont trouvées confrontées. Y compris, la plus grave faute pour une démocratie, tolérer l’effet rétroactif des lois.

Au lieu d’agir avec efficacité et pragmatisme qu’a fait l’exécutif fédéral ? RIEN ! Tout au contraire, il a laissé le pays se faire agresser sur ces fondamentaux dont celui, central pour nous, qui est celui de la protection stricte de la sphère privée.

Pire encore, il a abandonné ce principe vis-à-vis de pays dont la conduite tant intérieure qu’extérieure à ce sujet n’est pas seulement douteuse mais tout simplement scandaleuse.

Qu’il s’agisse de nos voisins directs qui ont transformé leurs Etats en receleurs patentés de données volées pour exercer un chantage indigne d’un Etat ou de la République avec laquelle nous partageons la structure et les concepts fondateurs, notamment par la présence marquée de citoyens de Genève partis au nouveau monde et qui, prudents, ont jugé nécessaire de faire figurer la protection de la sphère privée dans la constitution par le biais du bill of rights.

Comment voulez-vous, après de telles pantalonnades, que le conseil fédéral bénéficie de la moindre crédibilité lorsqu’il dit qu’il agira contre les abus relevés par les initiants….. après le vote.

La réponse est venue du seul patron qui vaille en démocratie, le peuple.

Et pourtant cela n’aura pas été faute d’interventions multiples et d’intox auxquelles toute la presse s’est livrée au cours de la campagne, sans scrupule ni vergogne.

Une fois encore, dans cette démocratie, la meilleure pilule du lendemain se trouve dans la gestion des questions posées au Souverain en amont et de façon complète.

Notre système est incompatible avec les placébos du genre de ceux inoculés aux peuples de l’Union Européenne qui fait revoter lorsque le résultat ne convient pas à la nomenklatura bruxelloise.

Un dernier mot au porte-parole de l’UE apparu hier soir sur nos écrans : Gardez-vous de toute leçon de démocratie à notre endroit. Vous n’avez aucune légitimité pour le faire d’une part et, d’autre part vous n’avez aucune leçon à nous donner vu les pratiques intérieures de votre système qui sont manifestement plus proches du diktat des élites que du consensus élaboré par et avec la base.

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Commentaires

Vous avez certainement raison mais je crains fort, à entendre certaines réactions de parlementaires européens hier soir sur Forum, que les politiciens européens eux-mêmes ne sont pas en mesure de comprendre intellectuellement le fonctionnement de notre système.

Ils se sont habitués à être élus et à ne plus rendre de compte aux citoyens pendant tout leur mandat. Il y en a même qui ne vont au parlement que pour timbrer et encaisser leurs jetons de présence, tous partis confondus, verts et PS compris!

Autrement dit, notre système les met en péril et il est évident que ces gens-là ne vont jamais cautionner un système à la suisse.

Je trouve intéressant de constater cette dérive car elle démontre deux choses. La première est que l'UE d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle des initiateurs et visionnaires de 1957. La seconde est qu'il est totalement illusoire de voir la Suisse entrer dans l'UE et conserver ses outils de démocratie directe.

La conséquence de cette situation est, comme vous le sous-entendez, que le conseil fédéral doit gouverner et non plus simplement administrer ce pays.

Malheureusement, l'équipe qui est là ne semble pas armée pour un tel mode de fonctionnement.

Écrit par : Georges Martins | 11/02/2014

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