17/02/2016

GENEVE PEUT-ELLE AVOIR UN M-BUDGET?

Voilà des mois que notre République, plus précisément son gouvernement et son parlement jouent au chat et à la souris sur la question budgétaire.

Il s'en suit que les citoyennes et le citoyens de notre Etat se posent la question de l'intérêt de ce jeu de cache-cache et à qui sert-il?


Au risque de sembler rabat-joie, il m'apparaît nécessaire de rappeler ici que la constitution de 2012 pose, en sont article 156, quelques principes dont on comprend mal que certains aient l'idée saugrenue de vouloir y déroger puisqu'elle prime tout autre texte.

Que nous dit l'article 156? Il pose une principe général clairement exprimé "L'Etat maîtrise l'endettement et le maintient à un niveau qui ne menace pas les intérêts des générations futures".

Si on se donne la peine d'analyser ce principe général on constate qu'il en contient en réalité deux. Le premier est le maintient de la masse de la dette au niveau le plus bas possible de sorte qu'elle ne mette pas en péril le second, l'intérêt des générations futures.

Le législatif veille à ce que l'Exécutif ne présente pas de budget déficitaire et si tel devait être le cas, la majorité des membres du Parlement, et non pas des présents, doivent l'accepter. La responsabilité est ici collective.

Le constituant a donc été particulièrement précautionneux puisqu'il a équitablement réparti la responsabilité des finances publiques entre Législatif et Exécutif.

En outre il appartient à l'Etat de vérifier, périodiquement, l'adéquation entre les prestations fournies et les subventions. Force est de constater qu'il y a là des secteurs sur lesquels on peut légitimement se poser des questions! Curieusement, comme chaque formation politique y tient un pré carré, c'est là oû l'on pourrait faire le plus qu'on fait le moins!

Ce fonctionnement est toutefois périlleux puisqu'il est à court terme. C'est à dire des tactiques personnelles mais pas des visions globales. C'est détestable.

Dans ce domaine plus que dans tout autre, c'est clairement le long terme qui est ici privilégié et donc la stabilité de la maison commune appelée "Etat".

Qui veille à cet équilibre? Une fois encore, c'est un jeu d'équilibre des pouvoirs et de partage des responsabilités auxquels sont confrontés Législatif et Exécutif.

Le plus important ici est qu'il est du devoir des deux de veiller d'une part à ce que la politique menée n'alourdissent pas le poids de la dette et, d'autre part, que l'Etat soit toujours en mesure de fonctionner conformément à la mission que lui confient les citoyennes et citoyens qui élisent les membres des deux Pouvoir..

Où est donc le problème actuellement?

Il y a, logiquement deux interprétations à ces fondamentaux puisque nous sommes en démocratie il y a des adeptes dans les deux camps!

D'une part les formations qui se fichent totalement du principe du frein à l'endettement partant de l'idée que "l'Etat est assez riche" pour se permettre des écarts.

D'autre part il y celles et ceux qui s'en tiennent à une interprétation moins romantique, purement factuelle et pragmatique.

Ayant présenté un budget qui tente de rassembler tout le monde, l'Exécutif s'est mis l'ensemble des formations politique à dos! Il a réunit contre lui 96% ! Ce doit être unique dans les annales genevoises. Seule le régime, très instable, de la IVe République française permettait de telles prouesses.

Comment faire avec des rentrées en baisse, notamment grâce au coups de butoir portés par un curieux assemblage politique qui a uni le centre droit et la gauche traditionnelle, au secteur le plus rémunérateur de l'économie genevoise, la gestion de fortune.

Parenthèse pour préciser qu'il est vrai, à la décharge des élus cantonaux, que le coup est venu de l'Etat fédéral q^dont l'Exécutif a capitulé avant même de combattre soit disant pour défendre notre système bancaire mais en réalité pour plier au diktat de Wallshigton et de Bruxelles. En réalité il s'agissait surtout de sauver des établissements qui n'ont plus de banques que le nom et qui, en réalité, sont devenus des grossistes de monnaie pratiquant la cavalcade mettant en péril la solidité et la fiabilité de notre économie comme de nos retraites ou encore des avoirs qui sont déposés chez eux et dans lesquels la législation permet désormais de se servir lorsque pointe le risque de faillit. C'est le cas Chypriote où, avec l'aval de bandits de grand chemin localisés de l'autre côté de l'Atlantique, on a siphonné les avoirs des déposants pour remplumer les créateurs de monnaie ex-nihilo. Autrement dit on autorisé le vol de vraies valeurs monétaires pour rembourser de la fausse monnaie qui n'a pas d'autre existence que scripturale.

Parenthèse refermée.

Il s'en suit que l'Etat de Genève va devoir sérieusement réduire son train de vie. C'est l'application pure et simple de l'article 156 al.3 de la constitution!

Jusque là pas de divergence, tout le monde est d'accord: il faut soigner le malade!

Là où le bât blesse c'est sur la partie qu'il convient d'alléger!

Pour les plus rigoureux, c'est la masse salariale qui doit être réduite et il propose ce barbarisme "personal stop"!

Pour les autres c'est hors de question. Lequel à raison? Ni l'un ni l'autre!

La priorité est la saine gestion de l'Etat et si celle-ci peut être assurée sans embauche nouvelle, alors aucun doute, il convient de fermer l'embauche.

Lorsque des tâches essentielles, régaliennes, de l'Etat sont en danger, il convient d'anticiper et de procéder aux embauches nécessaires. Il est, bien entendu, impératif qu'aucune embauche provenant de l'extérieur du Canton ne puisse être validée.

Les compressions de personnel auxquelles nous assistons conduisent logiquement à n'embaucher que des résidents genevois. Il y a pléthore de compétences sur le marché local, c'est une évidence.

Il ne s'agit dès lors pas de laisser la bride sur le coup à l'administration et de procéder à des embauches superfétatoires ou de confort. Toute dérive dans ce domaine se traduit ipso facto en alourdissement budgétaire et donc inamissible si pas impératif. Ce qui est souvent troublant dans ce domaine c'est que c'est l'encadrement qui augmente autrement dit les postes lourds. Parfois même au détriment du terrain, c'est à dire du besoin des citoyennes et citoyens!

La Pouvoir judiciaire n'est pas en reste et il convient là aussi que le Parlement mette le holà. Il existe des moyens nettement plus performants de régler les conflits que par la seule procédure judiciaire. Une fois de plus la Constitution a mis à disposition du législateur des outils pour accélérer l'introduction de la médiation tant publique par l'article 115 CstGE que privée par l'article 120CstGE. Il est affligeant de constater l'obstination de ce pouvoir à vouloir être seul à connaitre des dits conflits alors même que, de par sa structure, il est de moins en moins adapté à résoudre la majeur partie d'entre eux, et qui plus est, de façon insatisfaisante, bien trop longue et surtout bien trop coûteuse.

D'un autre côté, il n'est pas pensable, au seul nom du dogme, de stopper toute embauche, c'est l'activité publique qui est en jeu. Le chemin de la privatisation des tâches de l'Etat nous montre chaque jour ses limites et il est indiscutablement risqué d'accentuer cette pression-là. Sans parler de la robotisation de certaines tâches qui se fait nécessairement aux dépens de tous. Les usagers qui perdent le contact avec la gestion de "leur Etat". Les fonctionnaires enfin qui se voient mis de côté par des machines. L'Etat, Nous citoyens-contribuables, qui au final sommes contraints de financer un chômage croissant et une perte de paiement des charges sociales.

J'en viens à proposer une réforme fiscale qui fera date dans l'histoire: "toute machine qui prend l'emploi d'un collaborateur, dans le privé comme dans le public, est soumise aux cotisations sociales y compris les assurance chômage en raison du lien de causalité adéquate entre l'automatisation et la disparition du poste de travail occupé jusqu'ici par un collaborateur".

Quelle solution pour ouvrir une solution budgétaire? Comme toujours par le milieu! C'est à dire que le législateur impose une ligne de conduite à l'exécutif qui permette l'équilibre des finances publiques et le fonctionnement de l'Etat. Certes il y aura de coupes qui fâcheront les tenants du "tout Etat" mais elle n'auront certainement pas l'ampleur de ce que souhaite les tenants du "moins d'Etat"

Ce qui est certain c'est qu'il vaut mieux avoir un M-Budget qu'un Budget de M!

 

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Commentaires

Parlons un peu de ces machines. Savez-vous combien de systèmes informatiques cohabitent à l'Etat de Genève ? Connaissez-vous les services en charge de l'harmonisation informatique, du hardware comme des softwares ?
S'il est un domaine qui peut être optimisé c'est bien celui-ci. Avec des logiciels libres et à jour qui permettent les passerelles entre les divers services et donc la mobilité du personnel de l'Etat.
Mais qui, à l'Etat, a intérêt à optimiser ces outils ? Ce sont des centaines de postes qui deviendraient obsolètes. Personne ne s'y collera. Au contraire, le souk est entretenu pour maintenir ce train de vie somptuaire.

Il faudra s'y faire. Les machines vont nous remplacer beaucoup plus vite que nous l'imaginons. Et elles seront diablement plus efficaces. Aucun domaine n'y échappera, sauf l'Etat bien sûr qui va trainer des pieds.

Mais à force de jouer avec le feu en maintenant un niveau d'endettement dangereux, qui risque même de devenir catastrophique en cas de hausses des taux d'intérêts, même les obligations perdent leur attractivité. Les investisseurs se détournent et craignent les faillites, comme dans certaines villes des USA.

Je n'ai pas bien compris le sens de votre billet qui m'apparait comme une tentative bien maladroite de justifier le revirement du MCG. Et je ne parle même pas du gag de taxer les outils qui ne parvient pas à détourner l'attention de votre démonstration par l'absurde des dysfonctionnements politiques sans apporter la moindre piste concrète.

Cher Monsieur Jenni,
Je comprends votre embarras au moment même où le parlement discute des moyens efficaces pour parer l'uberisation de votre propre profession.

Pour ce qui est de la taxation des robots je suis surpris que vous n'en n'ayez pas compris le sens puisque vous donnez vous-même un élément de réponse, "le remplacement rapide des emplois "humains" par des robots"!.

Il s'en suit bien évidemment une perte substantielle d'apports indispensables aux caisses de pensions. Sans cela on va très rapidement tourner au cauchemar puisque même les retraites des baby-boomers, vous et moi, ne seront pas garantie sans cet apport.

Ainsi contrairement à votre affirmation j'apport bel et bien une réponse à une question majeure de la prochaine décennie.

Pour ce qui est du revirement de position du MCG qui vous a dit que je le soutiens?

L'arrêt total d'embauche est une absurdité puisque la mesure peut conduire à un blocage de l'Etat.

L'embauche sans frein est tout aussi stupide puisqu'elle conduira à un alourdissement de la dette déjà difficilement supportable.

Ma conclusion est qu'il faut se remettre autour de la table, si possible entre adultes, et passer en revue chaque dicastère.

Ce qui me choque à titre personnel est d'avoir à constater que l'embauche ne connaît pas de répit là où, précisément, il est possible de faire autrement, notamment l'encadrement. Il est souvent surpayé et surtout trop souvent frontalier.

Mettons de l'ordre dans ce bazar, vous avez raison.

Admettez avec moi que ce job doit être fait par l'exécutif et une délégation du législatif ensembles. La commission de gestion semble toute désignée pour cela.
Point n'est besoin de perdre du temps, deux jours de travail, soit 16 petites heures pour trouver les coupes et les ajustements nécessaires ce doit suffire à des personnes responsables et motivées. Vous avez raison, on verra très vite lesquels sont pertinents et lesquels ne le sont pas.

Mon propos n'est pas de livrer une solution toute faite. Elle serait nécessairement combattue et c'es logique.

Mon propos est de rappeler aux uns et aux autres que les Citoyens/ennes ne nous ont pas élus pour enliser la situation mais pour être imaginatifs et innovants au service de l'intérêt général. Ni plus ni moins, et c'est valable pour les deux côtés de l'échiquier.

Merci en tout cas pour votre commentaire qui, bien que brutal, ouvre des perspective d'un dialogue constructif. C'est précisément ce dialogue qui semble avoir déserté les décideurs de ce dossier. Il est très regrettable que certains soient plus intéressés par la querelle que par la solution.

Cordialement,
P. Dimier

Écrit par : Pierre Jenni | 18/02/2016

Ce bel effort de raie-thoric ( nouvel ortografe ) de madame belkacem, comporte un gros défaut à mon avis, elle a beaucoup trop de bon sens, et le bon sens, actuellement, dans les pays de langue francaise, c'est très mal vu.
courage cher ami, enfoncez le clou.

Écrit par : brun | 18/02/2016

@Pierre Jenni

- « Parlons un peu de ces machines. Savez-vous combien de systèmes informatiques cohabitent à l'Etat de Genève ? Connaissez-vous les services en charge de l'harmonisation informatique, du hardware comme des softwares ? »

Dans le même registre, nous pourrions parler du nombre de "véhicules différents" qui cohabitent à l'Etat de Genève, ... ou même de nombre de "véhicules différents" à Genève qui servent de ... taxis.

Vous souvenez vous de l'époque où tous les taxis de Londres étaient du même modèle, et de la même couleur, celle préférée aussi de Monsieur Ford lui-même, en tout cas pour les voitures sortant de ses usines, _noir_ ?

Écrit par : Chuck Jones | 18/02/2016

Monsieur Dimier, je suis globalement d'accord avec votre posture. Mon commentaire un peu brut de décoffrage a atteint sa cible puisque, comme vous le relevez, il permet le débat.
Je sens bien votre malaise qui doit être partagé par de nombreux sympathisants de votre formation, il transpire à chaque ligne.
Mais l'essentiel de mon message se situe ailleurs. Les taxis ne sont que la pointe de l'iceberg et le déclencheur d'une prise de conscience un peu lente de nos élus sur les conséquences de l'opportunisme de certains grands groupes avides et sans scrupules qui profitent du changement de paradigme pour en ramasser un max pendant qu'il est encore temps en violant les lois qu'ils considèrent comme obsolètes.
Cette discussion est vaste et importante. Je ne vais pas l'engager ici, mais je suis sidéré et préoccupé de vérifier que nos élus ne semblent pas réaliser ce qui se profile.
Je me contenterai à ce stade de vous envoyer un article du temps qui résume assez bien la situation. http://www.letemps.ch/societe/2016/02/14/blockchain-chaine-libere?utm_source=mail
Il est temps de vous réveiller, vous les politiques qui avez toujours un temps de retard, et de faciliter la mutation de nos sociétés par des règles équitables qui empêchent ces intermédiaires parasites de nuire en accentuant l'écart déjà préoccupant entre le 1% de nantis et les 99 autres qui sont devenus les esclaves des temps modernes en attendant les machines encore trop chères pour le moment.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/02/2016

Chuck, rassurez-vous, ça revient. Et plus vite que vous ne le pensez. Les véhicules seront très facilement identifiables.
Mais oubliez le chauffeur, il ne sera plus là.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/02/2016

monsieur jenni, vous vous battez un peu contre des moulins à vent car, si tout se passe comme c'est prévu, dans 4 ou 5 ans il n'y aura plus de chaiffeirs dans les taxis.
Ensuite, si uber a percé, cela tient surtout à la qualité du service,voitures de moyen ou haut de gamme, serviabilité des chauffeurs, service boisson journaux, propreté pas de musique désagréable ni d'odeur particulières.
Ces réflexions sont sur tout valables pour Paris et bien moins pour Genève mais, un peu quand même.

Écrit par : brun | 22/02/2016

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