15/01/2017

LES JUGES ET L'ASSASIN

Malheureusement, nous ne sommes pas dans cet affrontement spectaculaire d'un juge habile et tenance immortalisé par Philippe Noiret opposé à un tueur névrosé et diabolique incarné à la perfection par Michel Galabru. Des acteurs gigantesques qui nous ont dressé une fresque judiciaire d'un autre âge.

Ici, nous sommes piètrement plantés dans le décor d'une pathétique tragédie qui a vu le jour à cause de l’insouciance de bisousnours et faucons incapables de trouver un épilogue à la hauteur du drame qui s'est tissé, lentement mais sûrement, tel une toile d'araignée prenant dans un piège diabolique une innocente victime.


Cette issue est tout simplement une honte et à deux titres.

Le premier est que ces juges ont, dans leur aveuglement, servi la cause d'un tueur froid et particulièrement cynique et imposent désormais un nouveau calvaire à cette famille qui subit désormais les effets de ce qui s'apparente à un acharnement judiciaire totalement inadmissible dans un Etat de Droit.

Le second est le résultat d'une réforme de la justice pénale dont on mesure les effets pervers dans ce genre de dramaturgie. Les droits des parties ont été broyés au profit d'un système dont les arcanes sont impénétrables et sur lesquelles le Csoneil général a perdu tout contrôle. Contrairement à la justice rendue par une cour avec Jury, le compte- rendu qui nous est livré, met à nu l’immense responsabilité qui repose sur celles et ceux qui doivent déterminer le choix des juges composant l'Instance de jugement. Il n'y a plus de Jury pour corriger les errements de juges qui ne sont pas à la hauteur, notamment humaine, d'un drame d'une telle ampleur. Ce système nous écartent, nous citoyens, d'un processus de sanction. Il nous est désormais prouvé que nous avons régressé en terme de sérénité de l'instance de sanction. Ici la désignation n'est manifestement pas à hauteur des exigences que tout justiciable et toute victime est en droit d'attendre.

Malheureusement personne, à commencer par le CSM qui devrait s’auto-saisir du dossier, n'aura le courage de sanctionner les auteurs de ce gâchis. Si cette couardise a pu faire sourire, dans un contexte comportemental inapproprié , elle sera glaçante de cynisme si rien n'est entrepris dans ce contexte-là.

Cette pantalonnade est aussi l’occasion de se demander si le système d'arrivée des juges dans l'appareil judiciaire, qui passe aujourd’hui par les partis politiques, est toujours à la hauteur des enjeux. Ses critères de sélection n'ont pas grand-chose à voir avec l'excellence de l’expérience et de la connaissance, mais avec les réseaux politiques. Ce n'est plus tolérable. Cette question, le Parlement doit s’en emparer et la régler rapidement.

Le plus difficile à admettre dans cette affaire est que personne ne prend la mesure, tant psychique que financière de ce qui est imposé à cette famille. Une décision équitable serait que l'ensemble des frais, y compris d'avocats de la partie civile, soient entièrement ponctionnés dans le budget de la justice. Ce ne serait qu'une marque minimale de respect pour la mémoire de la victime qui a souffert un calvaire avant de trépasser et envers cette famille qui subi une situation intolérable dans un État dit de Droit.

Les citoyens de notre République paient à grands frais l’ensemble de ces dérives, depuis le traitement carcéral de l’auteur jusqu’à ce jour, sans la moindre sanction pour les plus défaillants de ces acteurs. Est-ce normal?

Ce résultat est particulièrement dur pour celles et ceux qui, dans le besoin, s'entendent dire qu’on ne peut pas les aider faute de moyens, ceux-ci ayant été dispersés dans ce genre d'abysse.

Ultima ratio, cette affaire et sa gestion posent donc de très sérieuses questions d’éthique auxquelles personne ne semble vouloir répondre, à commencer par le parlement qui, tel le lézard, se promène insouciant, sur ce mur brûlant de honte. C'est pitoyable.

09:03 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il me semble que votre parti a pris la présidence de la CEP pour ne pas conduire le boulot jusqu'au bout. Ne pensez-vous pas que des personnes qui prennent une telle responsabilité et qui ne vont pas au bout sont aussi coupable que ces juges incompétents? Le coût de cette CEP doit être monstrueux et on ne peut pas dire qu'elle a brillé par son excellence!
Non décidément, la justice cloche sérieusement à Genève, entre un PG qui déraille et des des juges qui débloquent, on n'est pas vraiment gâtés!
Mais merci pour votre analyse qui est très lucide et pleine de bon sens. Comme d'habitude je serais tenté de dire!

Écrit par : Pierre Acoeur | 16/01/2017

Un Proc unique et 520 juges embusqués...

http://tinyurl.com/lztruq5

Écrit par : jaw | 17/01/2017

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.