LE JEU DE PISTE GENEVOIS OU COMMENT PEDALER A REBOURS DU BONS SENS EN VIOLANT LA CONSTITUTION

Nous sommes très nombreux à espérer un changement de comportement des habitants de notre République à l’issue de cette crise.

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour réaliser que ce n’était qu’un vœu pieu. Mais en réalité c’est la conséquence logique d’une absence totale de volonté politique d’agir sur le fond de la problématique.

Genève est un entonnoir et, comme tout entonnoir, si rien n’est entrepris pour diminuer la quantité de trafic y entrant, celui-ci se congestionne.

Vouloir résoudre le problème en élargissant les voies cyclables sans intervenir sur la quantité de trafic entrant ne relève pas seulement de la naïveté mais aussi d’une incompétence crasse en matière de gestion de trafic.

Ainsi non seulement l’action de réduction des voies de circulation automobile ne va certainement pas répondre à la question de la diminution du trafic routier, mais en plus la pollution que ces personnes disent vouloir combattre, va aller en s’accroissant.

Un département peut, presque à sa guise, lancer des essais dans sa sphère de compétence. C’est ce qui est en cours. Il est donc mensonger de dire, comme le fait un quotidien local, « Le Conseil d’Etat » décide. Car si l’opération était bel et bien une décision du collège, alors nul doute que, dans le cas qui nous occupe, que plusieurs membres du C.E. auraient fait noter leur opposition afin de pouvoir s’exprimer librement contre un train de mesure. Non seulement il ne sert à rien, mais en plus il paralyse le trafic professionnel dans un moment qui commande que celui-ci soit, au contraire, facilité.

Cela est d’une logique implacable, sauf pour cette administration bornée qui, en réalité, mène la danse dans ce département.

Pour une raison qui échappe à n’importe quelle personne dotée d’un minimum de bons sens, rien n’est entrepris pour faire réduire, drastiquement, le trafic le plus néfaste de tous, le trafic pendulaire.

Il est vrai qu’il est d’une part plus simple et surtout plus porteur auprès des autophobes, qui pullulent à Genève, de prendre des mesures populistes telle que l’élargissement des voies cyclables, quitte de façon totalement erratique, plutôt que de traiter le mal à la racine.

Pourtant, si l’objectif est effectivement de réduire le trafic routier, c’est bien à celui provenant d’en dehors du canton qu’il faut s’attaquer en priorité. Mais cela demande un courage et une inventivité autrement plus sérieuse que de peinturlurer nuitamment des voies de circulation. La réduction drastique du trafic pendulaire est LA priorité absolue pour faire baisser la pression sur le réseau. D’une part parce que celui-ci n’est pas extensible et parce qu’il n’est pas souhaitable de l’augmenter d’autre part. Ce ne sont pas les habitants de Soral qui me diront le contraire.

Revenons à notre notion d’entonnoir. Tout le monde sait, y compris un enfant peu éveillé de cinq ans, que si on ne diminue pas la quantité de liquide versée, celui-ci va déborder car incapable d’absorber ce qui lui est demandé de faire entrer dans la bouteille.

Il est regrettable que ceux qui sont payés grassement pour gérer le trafic ne soient pas capables de comprendre que ce sont bien les pendulaires  la cause principal de tous nos maux. Or, alors que nombre de Genevois font l’effort du transfert vers de moyens de transports plus favorables à l’environnement, les pendulaires non seulement ne font aucun effort de transfert modal vers ces mobilités moins impactantes, mais en plus engorgent  l’entonnoir. Près de 100'000 véhicules/jour ce n’est pas rien. Si vous y ajouté qu’ils sont occupés à 92,2% par une seule personne à bord, même l’idiot du village comprend que c’est là qu’il faut agir. Ce d’autant que le voisin mène une politique très anxiogène face à la pandémie et que cela a pour conséquence un accroissement de cette nuisible tendance.

Et pourtant, nombreux sont celles et ceux de ces pendulaires qui travaillent pour le compte de l’Etat. Au lieu d’entrainer une attitude restrictive de ce denier pour agir contre ces pratiques égoïstes, l’administration préfère s’attaquer à un droit constitutionnellement garanti des résidents : la liberté de choix du mode de transport.

Ce droit est, par ailleurs accompagné d’une obligation pour l’Etat de veiller d’une part à la complémentarité des modes de transports et, petit détail qui a certainement échappé à ces zélés serviteurs de l’Etat, la fluidité du trafic. Or les mesures soviétiques prises ces derniers jours portent une triple atteinte à ce droit constitutionnellement garanti. Elles entravent lourdement la liberté de choix, elles pénalisent la complémentarité et, cerise sur le gâteau, portent une atteinte majeure, gratuite et totalement inutile, à la fluidité du trafic.

Tout cela parce que l’échelon politique n’ose pas affronter l’élément central de cette problématique. La diminution drastique du nombre de voitures entrant sur notre territoire. C’est ainsi que, depuis la reprise des activités économiques à Genève, rien n’a changé dans l’attitude des usagers pendulaires. Non seulement leur nombre n’a pas décru, au contraire, mais en plus aucun transfert modal significatif de la part de ces usagers n’est notée.

En conclusion cette administration, qui a clairement pris les commandes du département, non seulement n’agit qu’à l’encontre des contribuables qui paient des impôts autos particulièrement élevés mais encore reste d’une passivité coupable à l’égard des usagers qui causent le double problème de l’engorgement du trafic et de l’accroissement inacceptable de la pollution urbaine due à celui-ci. Nous avons présenté un projet de loi qui tendait à réduire cet afflux massif d’usagers seuls à bord de leur tas de ferraille en favorisant le co-voiturage et en pénalisant l’usage solitaire. Personne n’en n’a voulu. A commencer par les partis en charge des infrastructures et de l’économie,  allez comprendre !

Il appartient désormais aux électeurs de faire savoir leur mécontentement face à ces ukases qui traduisent une pratique politique qui n’est certainement pas celle que commande notre démocratie. Dans notre système politique, c’est l’administration qui est au service des citoyens et non l’inverse comme chez notre voisine.

On nous dit que ces mesures sont la conséquence du vote populaire de la LMCE largement approuvée par le Souverain. Peut-être bien, mais alors rappelons avec vigueur à ces « défenseurs de la volonté du Peuple » que celui-ci a également approuvé la traversée du lac à laquelle ils sont farouchement opposés.

Voilà qui nous rappelle Aristide Brian qui disait « ne demandez pas aux politiciens de résoudre les problèmes, ce sont eux qui les causent. Nous avons ici la superbe démonstration de cette affirmation.

Grâce à ces ploutocrates nous voyons ainsi naître, sous nos yeux, une désobéissance  coupable à nos règles démocratiques. C’est pitoyable car sur le fond nous souhaitons majoritairement que baisse la pollution urbaine, à condition d’appliquer le principe cher aux verts, du pollueur payeur. Ce n’est manifestement pas le cas ici puisque rien n’est entrepris pour faire baisser le trafic pendulaire, le plus pollueur de tous !

Il est vrai que le populisme est, ici comme ailleurs, une recette plus simple puisqu’elle touche les contribuables automobiles, vache à lait facile à traire. C’est aussi le triomphe de toutes les pastèques « BoBos urbains » qui, bien logés dans des appartements confortables en centre-ville, peuvent grâce à ce privilège effectuer tous leurs déplacements à pieds ou en vélo.

 

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Commentaires

  • Excellent coup de gueule Patrick!

  • Merci pour votre blog Monsieur le député. Je suis un ancien "frontalier" et je peux vous dire que je ne suis pas très fier de mes congénères. Ils ne sont là que pour encaisser du fric, sans aucune considération pour les questions que vous soulevez, à commencer par la pollution. Ils s'en foutent.
    Mais en réalité, les vrais coupables sont les autorités suisses qui ne font rien pour arrêter ce délire frontalier. Toute ma carrière j'ai partagé mon transport avec des collègues de boulot. Nous faisions des rotations et comme ça tout le monde était content.
    Je pense que vous avez bien du mérite car vous avez deux adversaires. Les frontaliers qui ne feront rien de leur propre chef et le conseil d'Etat qui roupille!
    Courage

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