LE PLR PRIS ENTRE CONSERVATISME PATRICIEN ET PROGRES RADICAL

Comme beaucoup de Genevoises et Genevois j’ai assisté, en spectateur attentif, aux atermoiements internes de la plus importante, en nombre, formation politique de notre petite  mais chère République.

Ce n’est un secret pour personne, j’ai un immense respect pour le père de la révolution qui fit naître la république moderne, James Fazy.

A relire l’histoire de cette période, avec quelque attention non partisane, il très aisé de comprendre que cette « nouvelle » république ne doit pas grand-chose à ceux qui, aujourd’hui, se réclament de « l’alternative » ou des « forces de progrès ». C’est bel et bien James Fazy qui le premier a contesté, institutionnellement, l’ordre ancien. Les autres n’ont fait que suivre.

Bien avant les autoproclamés défenseurs de la nature, dont la politique actuelle nous démontre qu’ils préfèrent la tronçonneuse que la tondeuse à gazon, de peur que celui-ci soit maudit sans doute, C’est FAZY et ses associés politiques qui ont posé les bases sociales de cette république moderne. C’est lui et ses alliés qui ont également su convaincre les grands propriétaires de doter notre Cité d’espaces verts enviés loin à la ronde. Personne d’autre.

Les aléas politiques, notamment causés par la perte de puissance du message que se doit de transmettre une formation politique, ont fait que les ennemis cordiaux d’hier ont été contraints, par le cours ordinaire de la vie politique,  de se marier. Croire que ce fut un mariage d’amour relèverait de la naïveté. Ce fut, tout simplement un mariage arrangé et il n’y a pourtant que l’amour qui est désintéressé, le mariage ne l’est jamais.

 

Les dirigeants de cette époque ont oublié que si dieu a inventé le concubinage c’est Satan qui inventa le mariage. D’ailleurs la constellation néo-marxiste l’a fort bien compris. Ce qui est amusant puisque des athées préfèrent l’option déiste à celle de Lucifer. Toujours est-il que ce choix leur permet de rester présents dans l’arène politique. Il y a de fortes chances pour cela ne soit pas le cas du PLR.

Ce n’est pas d’allier deux familles préoccupées par des intérêts souvent divergents, que l’on fait naître une famille puissante. Cela a toujours été vrai et cela s’est encore vérifié ici.

Il n’en demeure pas moins que les forces les plus vives ne venaient pas du côté des patriciens, mais bien des fazistes nettement plus orientés vers les réelles préoccupations de notre société que  vers les intérêts financiers d’un patronat pur et dur. C’est donc logiquement par ce biais-là que le vent du renouveau s’est mis à souffler, gonflant les voiles de barques jusqu’ici en rade.

Mais chassez le naturel et il revient au galop dit l’adage. C’est ainsi que des forces de l’ombre, ayant  échappé à la vigilance des modérés, ont alimenté une poussée nettement orientée vers  la défense d’intérêts plus privés que collectifs se sont mises à l’œuvre en coulisse. Pendant ce temps du murissement des ambitions les plus folles l’autre aile s’acharnait à redonner de l’élan au nouveau-né en étant aux affaires. Avec succès et panache. Sans qu’on le voie arriver, ce fut surtout le départ de ce schisme qui, sans dire son nom, va finir par avoir raison de cette construction politique trop artificielle pour résister aux tempêtes. A fortiori si celles-ci sont ourdies de l’intérieur.

Comme beaucoup de Genevoises et Genevois, j’ai lu avec grand intérêt le dernier papier de Monsieur Marc Bretton dans la presse locale dont le titre, volontairement accrocheur n’est, en réalité, qu’illusoire. Ce coup de grisou d’un quarteron aux ambitions bien plus grandes que leur propre capacité ne libèrera vraisemblablement pas le parti. Tout au contraire cela risque fort de l’envoyer aux catacombes de l’histoire genevoise.

Son analyse, élude en effet curieusement le problème de fond dans cette affaire. A savoir cette rivalité intérieure entre les deux ailes, alimentée pour ne pas dire nourrie par des ambitions démesurées de demi-selles qui sont autant faits pour gouverner que le Général De Gaulle pour capituler. Ces personnages, certainement plus habiles à manier le canif qu’à être Calife, seraient bien inspirés de se souvenir de ce proverbe québécois selon lequel « il ne faut pas préparer la poêle avant d’avoir attrapé le poisson ».

Cette rivalité de visions, dont l’un des points d’orgue remonte à l’affrontement entre Gustave Ador et Georges Favon, lorsque le premier voulait expulser l’artiste Gustave Courbet le second s’y opposait persiste. On voit au travers de l’exemple que la rigueur du dogme a toujours constitué une source d’opposition à l’ouverture d’esprit et que les rivalités de personnes sont omniprésentes dans l’histoire de ces formations. Il faut dire que l’actualité nous prouve l’aspect particulièrement néfaste de ces combats de coqs dans lesquels, certains l’oublient un peu vite, « la justice des hommes est plus criminelle que le crime lui-même », comme disait Francis de Picabia. 

Tout au long de l’Histoire, les médiocres ont rêvé de remplacer les meilleurs. Il n’y a là rien de nouveau. L’issue, constante, de ces coups bas a toujours été la même, il n’y a que des perdants. A commencer par l’Etat, quelle qu’en soit la forme politique. Son déclin suit généralement ces ententes boiteuses. La déliquescence actuelle de l’exécutif est là pour nous le prouver. La promptitude à chambouler l’ordre voulu par le Souverain pour servir les ambitions d’incapables hâbleurs conduit aujourd’hui au naufrage à la fois des Institutions fraîchement rénovées et des promesses de St Pierre pourtant réjouissantes.

Tout simplement parce que l’on ne sert jamais la République pour nourrir ses propres chimères. Elle ne se nourrit bien que du partage des rêves. Celui des dirigeants politiques de gérer sainement l’Etat lequel doit être le serviteur des citoyens et non leur asservisseur. De ce point de vue Mauro Poggia est un modèle du genre. Ce rêve-là n’a de sens que s’il est au service du Souverain qui, lui, aspire à  jouir des libertés qu’il s’est démocratiquement accordées par sa charte fondamentale, et à vivre confortablement en Paix.

Or dans l’histoire moderne de notre république, le parti qui a le plus permis au Souverain de bénéficier de cette approche, c’est celui de James Fazy, les radicaux.

 A la fois force de progrès social et de défense des petits artisans, c’est à ses représentants que nous devons les plus grandes avancées sociales. L’école publique et gratuite, la séparation de l’Etat et de l’église, les cuisines scolaires et tant d’autres. A l’opposé, les patriciens ont toujours défendu leurs privilèges. Cette opposition de fond empêchera, à jamais, que le club de la ficelle puisse un jour fusionner avec celui de la Terrasse. Et c’est très bien ainsi. L’adage paysan dit « à chacun sa tâche et les vaches seront bien gardées ».  Non sans ajouter qu’historiquement, les premiers alliés des radicaux ont été les socialistes et non les patriciens. Leur successeur est manifestement le MCG et personne d’autre.

Il est bien possible que l’option de Monsieur Marc Bretton satisfasse quelques politiciens aux ambitions nettement supérieures à leurs capacités. Qu’elle permette à des destins contrariés de jouir de leurs méfaits dans les coulisses ne fait guère de doute. Il n’est de loin pas certain que ni la république y gagne en stabilité, ni que cette formation sorte grandie de cette cacade qui s’apparente plus à une victoire à la Pyrrhus qu’à celle d’un rassemblement des forces.

La question demeure donc ouverte de la suite.

Les Genevois ont besoin de forces politiques qui les défendent. Autant contre les attaques féroces de leurs libertés conduites par les pseudos progressistes que celles menées par les acharnés des marges bénéficiaires contre leur emploi dans une économie qui est bien trop orientée vers la privatisation des profits et la collectivisation des coûts, notamment sociaux.

La deuxième partie de la législature va nous indiquer quelle est cette force politique, en souhaitant que ce soit celle qui défend le plus sincèrement les Genevois et leur emploi qui parvienne à se rassembler pour remporter les prochaines échéances électorales. Les vagues, quelle qu’en soit la couleur, ne bercent que les illusions.

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Commentaires

  • Intéressante analyse en effet. Mon lointain parent a lui-même connu les affres des bagarres internes qui lui valurent l’échec électoral avant un retour triomphale aux affaires jusqu'à sa mort. Le dégommage d'un conseiller d'Etat en fonction est une spécialité des libéraux qui en ont, dans un passé récent, dessoudé deux pourtant excellents. Claude Haegi qui fut une figure de l'ouverture régionale et Madame Spoerri qui a été la victime de la même clique vigilante de marionnettistes alors qu'elle faisait un excellent travail.
    Alors rien de nouveau sous le jet d'eau. Il est même souhaitable qu'un parti proche des idées radicales renaisse, il manque depuis que, comme vous le relevez avec finesse, le MCG s'est lui aussi abîmé dans les méandres d'égos mal placés de petits lieutenants qui se sont crus capable de remplacer un général.

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