LA PROBLÉMATIQUE DES FRONTALIERS À L’AUNE DE LA SOUVERAINETÉ

Nous venons de l’apprendre, Genève emploie trois fois plus de travailleurs étrangers domiciliés à l’étranger qu’au tournant du siècle pour atteindre le chiffre spectaculaire de 92'000 selon la presse locale. Outre le chiffre qui est en soi un signal d’alerte rouge, viennent se poser plusieurs questions connexes directement et intimement liées au nombre impressionnant.

La première est celle de l’effet de ce recours, abusif il faut le dire, à de la main d’œuvre étrangère domiciliée à l’étranger sur le chômage. Alors que la moyenne nationale se situe à 3,2%, ce taux augmente de 2% à Genève pour atteindre 5,2%. Outre le chiffre ici également, c’est la structure de la population de chômeurs qui pose un sévère problème puisqu’il touche plus particulièrement les jeunes et les personnes au-delà de 50 ans. Autrement dit, le départ dans la vie professionnelle et la fin de la carrière, deux moments clés, notamment pour ce qui concerne la prévoyance puisqu’il faut un certain nombre d’années de cotisation pour « faire le plein » des revenus vieillesse.

La seconde porte sur l’impact majeur que cet afflux quotidien massif a sur l’environnement. Au lendemain de l’annonce, trompettes de Jéricho hurlantes, du gouvernement de son plan d’investissement massif pour……. lutter contre le réchauffement climatique ! Pour celles et ceux qui ne voient pas le lien entre la migration quotidienne de 92'000 personnes et le réchauffement climatique, il convient de préciser que plus de 85% de ces travailleurs entrent sur notre territoire en voiture et à plus de 90% seuls à bord ! Sachant, autre chiffre sur lequel nous reviendrons que la fonction publique emploie près de 20% de collaborateurs étrangers domiciliés à l’étranger, on se demande bien sur quelles urgences climatiques ont pu porter les discussions de la Tour Baudet. Peut-être du vent, qui sait !

La troisième question porte sur la nature des motivations qui, tant bien que mal, cherchent à justifier ce recours massif à cette main d’œuvre qui, à ce stade de la démonstration semble poser plus de problèmes qu’il n’en résout.

En tête, nous trouvons ce motif qui m’a toujours stupéfait, celui de la qualification. En quoi ce motif est-il stupéfiant, tout simplement parce qu’il est directement lié à la nature même de l’enseignement dans cette République !!!! Soit notre corps enseignant est inadéquat, soit il n’enseigne plus les matières qui rendent nos jeunes « employables » dès la sortie de l’école obligatoire, soit encore les paramètres d’enseignement ne répondent plus à notre époque. Reste encore la possibilité que nos rejetons sont des idiots incapables d’apprendre quoi que ce soit. Je laisse à ceux qui soutiendraient cette thèse, le soin de l’expliquer aux parents, en leur souhaitant bonne chance ! Ce qui semble certain en revanche c’est que le niveau de connaissances élémentaires tant en lecture qu’en calcul arithmétique de base n’est pas sans poser de problème. Le remède à cette problématique n’est certainement pas la fourniture de tablettes électroniques dans les petites classes mais bien plutôt dans un apprentissage sérieux et suivi des éléments de compréhension de notre langue et de notre culture. Genève, en raison de sa vocation internationale, doit en effet veiller à ne pas laisser dissoudre sa culture dans un univers sans repère culturel. A défaut c’est la cohésion de la Cité qui est menacée par la même gangrène que celle qui consomme petit-à-petit notre voisine.

Soit la qualification est un alibi bien utile pour justifier ce recours massif à de la main d’œuvre étrangère, soit c’est une réalité. Un domaine sert de référence à notre démonstration, celui de l’informatique. La ritournelle est connue, les français sont meilleurs en informatique. Le récent scandale de l’OFAS nous donne un bon aperçu de cette supériorité puisque dans ce dossier, le problème avancé est, précisément l’informatique ! Comment en arrive-t-on à cette situation alors que la Suisse forme dans ses Hautes Ecoles des génies qui contribuent à placer ce Institutions dans le haut des classements, dont celui de Shanghai ? Ce recours massif n’est-il pas un oreiller de paresse pour les employeurs et les personnes à blâmer dans cette affaire ne sont-ils pas eux en premier plutôt que les frontaliers qui, en fait, prennent les emplois qu’on leur offre !

Toute autre est la situation de l’Etat qui, lui, a manifestement une devoir pour ne pas dire une obligation à la fois d’assurer une formation adéquate et, d’autre part, d’employer de façon rigoureusement prioritaire des résidents genevois. Avec un taux de 19,6% d’employés frontaliers, il est manifestement abusif d’avancer, comme le fait régulièrement l’exécutif cantonal, le besoin en personnel hospitalier. Par ailleurs, où sont les campagnes incitatives à la formation dans ce secteur où il y a manifestement pénurie de collaborateurs dûment qualifiés ? Que fait cet exécutif pour y pallier, cela devrait être sa priorité. COVID est un exemple 1 :1 du risque majeur que constitue une dépendance aussi importante de l’étranger pour l’accomplissement d’une tâche centrale de l’Etat, le système de santé. Quelle est la politique de formation dans ce secteur entreprise par l’exécutif ? Pas plus qu’avant à ce que l’on en sait. Et s’il a intensifié sa politique de formation du secteur, où est sa communication ?

Mais il est des secteurs où le recours à de la main d’œuvre étrangère est tout simplement intolérable en terme de Souveraineté et de sécurité de l’Etat. Ce sont toutes ces fonctions qui comportent des données particulièrement sensibles. A titre d’exemple, est-il normal et acceptable que le département des finances emploie des frontaliers dans le secteur de la taxation lorsqu’on connaît l’état de nos relations fiscales avec la France. A fortiori lorsqu’il se dit que certains, en cette période de pandémie, sont en télétravail?

Mais surtout, comment justifier que l’Etat, qui annonce un plan de lutte contre le réchauffement climatique non seulement pharaonique mais   particulièrement intrusif contre le libre choix de son mode de transport, puisse sans vergogne faire venir, en voiture majoritairement, des collaborateurs domiciliés à des dizaines de kilomètres de Genève. Il y a là une incohérence frappante qui démontre que cet exécutif-là est plus proche de « l’énarquisme » que du pragmatisme ancestral qui a cours sous nos latitudes et qui largement contribué à la réussite du modèle économique qui est le nôtre.

En conclusion, il devient nécessaire de renforcer les cautèles législatives qui seront clairement plus contraignantes pour l’Etat à l’embauche de collaborateurs résidents. Ce n’est pas seulement une question d’emploi, c’est désormais aussi une obligation de cohérence politique en matière de lutte contre le réchauffement climatique qui n’est pas seulement un slogan politique à la mode mais aussi un besoin évident dont les résidents genevois doivent être les premiers bénéficiaires.

La question de l’embauche de collaborateurs étrangers par le secteur privé devrait, quant à elle, être reprise en mains par les forces politiques qui prétendent défendre les travailleurs et les travailleuses qui sont les premières, de l’aveu même de la porte-parole de la FER, les plus exposées à cette concurrence.

RÉVEILLONS-NOUS en 2023 et cessons de croire les balivernes verdo-marxsites !!!!

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • "Mais surtout, comment justifier que l’Etat ..."

    finance encore les compensations de mesures RHT, actuellement toujours appliquées post-confinement Covid
    par entreprises étrangères (en l'exemple, Suédoise) sous-traitante de ses fonctions régaliennes (sûreté aéroportuaire),
    aux salaires (payés 80%) pour temps de travail réel (100% travaillé), d'employés résidant-contribuable Genevois?

    L'incompréhensible du maintien de cette mesure "RHT" utilisée par l'employeur sous-traitant de GVA airport, surgit lors du licenciement annoncé pour fin 2021 à l'employé Suisse devenu trop cher (salaire jamais augmenté, avancements de carrière refusés, au profit de jeunes nouveaux frontaliers, essentiellements femmes),
    l'informant que la période de 2 mois précédent sa fin de travail, au planning bourré identique à l'ensemble de 2021 (manque habituel de personnel qualifié du au fait que seule une minorité de leurs employés ont et conservent les qualifications fédérales de multi-accréditation nécessaires), ne sera plus soumise à RHT.

    Ceci, en support du nombre réel de licenciés passés sous la trappe, licenciements abrupts (abusifs) effectués par employeurs sous l'égide du drapeau "Covid" durant (grâce) aux mesures RHT, mesures RHT restées incompréhensibles pour les salariés contribuables Genevois qui n'ont jamais cessé de bosser plein pot, payés en RHT, dont seuls bénéficient leurs employeurs.

    Pourquoi ce régime RHT différencié (RHT qui durant son application réduit le salaire de l'employé, qui ne bénéficie qu'au sous-traitant), n'est plus applicable en période pré-licenciement ?

    D'une part, ce "détail" n'est traité par aucun syndicat (seul concerné, le SSP, reste muet, tandis que l'Unia ne se "fait" que sur le gras d'emplois sans qualifes, ou sur le buzz de clandés employés au black),

    de l'autre, le périmètre des mesures RHT n'est nullement traité à son réel niveau de coûts, par les gestionnaires de ce canton.

  • Comme vous l'écrivez, l'argument de la qualification est totalement "bidon". Il suffit d'écouter ce que la majorité des parlementaires et des commentateurs français disent de l'état de leur système scolaire, avec ses innombrables rallonges de bac pour pallier le fait que le bac simple ne vaut plus rien.
    S'il est vrai que de notre part, nous ne sommes pas exempts de reproches, avec la lourdeur de notre diplôme de maturité à 11 disciplines et le poids éliminatoire de l'allemand, le problème essentiel se réduit néanmoins à une affaire de gros sous, une fois de plus, et les contribuables genevois sont les dindons de la farce.

  • "En tête, nous trouvons ce motif qui m’a toujours stupéfait, celui de la qualification. En quoi ce motif est-il stupéfiant, tout simplement parce qu’il est directement lié à la nature même de l’enseignement dans cette République."

    Pas d'accord avec ce motif, selon le constat suivant largement partagé, qui situe le motif de la qualification Suisse hors de la question du niveau de l'enseignement en Suisse:

    - les décideurs de critère de qualification sont d'abord les RH - à Genève majoritairement français ou franco-UE,
    - Français, méconnaisseurs ou en entente dans un mépris des diplômes Suisses, pour qui un CFC est de moindre valeur qu'un bac (opinion largement partagée, dominante chez les Français).

    Faits Genevois. Agences d'emploi et DRH, dont peu sont Suisses, sont les porte-paroles d'employeurs, dont peu sont Suisses, aux staffs composés d'une majorité de frontaliers & de non Suisses, et sont ouvertement pro-frontaliers, afin
    (m'ont confié certains) d'assurer "un climat favorable" à leurs équipes (soumettant même la décision du recrutement final à l'accord de leurs staff de frontaliers), où le Suisse, ultra-minoritaire, ne peut que s'incliner (cad. endosser et réparer, au cours de son travail, les incompétences &/ou reprendre les bugs de ces collègues), et doit se la coincer (menaces de licenciement en 30 min.).

    Recrutements non basés sur profil publié, rejet des diplômes Suisses par recruteurs. Je peux vous fournir une liste d'entreprises, multis, banque privées et agences de Genève (je fus témoin+victime) ayant licencié des groupes de Suisses (y incl. DRH Suisse) pour les remplacer par DRH Fr et pack de Français venus de tous coins de France, pas encore frontaliers, dépourvus non seulement des compétences requises, mais de formation de base minimale, au point de les rendre incapables, après 3 mois de formation interne, d'appréhender les technicités de leur job et de travailler en autonome, 6 mois après leur engagement. Leurs incompétences étant supportées à bout de bras, en surcroît de massse de travail, par les rares CH non licenciés bien que senior, gardés justement pour ces compétences, jusqu'à leur remplacement par frontalier formé en interne.

    Ce dont je fus témoin, des décades durant. Engagement de ces futurs frontaliers, dépourvus de la moindre compétence exigée selon profils de recrutement, présentant des cv pauvrement composés, mal rédigés, bourrés d'erreurs -syntaxe et orthographe, et de douteux diplômes (quand ils en avaient),

    aux dépends du rejet systématique des candidats Suisses plus que qualifiés ayant, master & diplômes CH, toutes compétences requises.

  • Mais le plus interpellant est le titre-même de votre billet "la problématique des frontaliers à l'aune de la souveraineté"

    Comment traitez-vous la question de l'entrisme de l'Europe en Suisse, et à Genève via ce "Grand-Genève",
    - par l'organe Européen qu'est le GLCT (actuellement en phase finale de validation définitive), basée sur l'accord de Karlsruhe, selon lequel

    - "Les différentes parties s'engagent à transformer cet organe en un
    Groupement eurorégional de coopération tel que prévu par le Protocole n° 3 à la Convention-cadre européenne sur la coopération transfrontalière du Conseil de l'Europe, dès l'accomplissement des formalités d'adhésion à cet instrument par les autorités suisses et françaises."

    https://www.coordination-transfrontaliere.org/institutions/glct-grand-gen%C3%A8ve/

    Merci à vous d'aborder ces questions.

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